Par-dessus le village de les Bons, dans les alentours de l’intéressante église de Sant Romà, plusieurs constructions composent l’ensemble historique de les Bons. La promenade depuis le noyau d’Encamp jusqu’en haut de les Bons nous permet de découvrir l’histoire, le patrimoine et les particularités de la vie dans la paroisse.

 

Le Comú d'Encamp a conçu un itinéraire qui démarre en face de son bâtiment administratif et monte jusqu'à les Bons, s'achevant enfin face à l'historique Hôtel Oros.

Éléments de l’itinéraire

Torre dels moros
Colomer de Cotxa
Sant Romà de les Bons
Comú d'Encamp
Hotel Rosaleda
PLACETA DE LES BONS ET LAVOIR

La promenade continue avec l’ancien lavoir du village de les Bons, l’un des rares lavoirs toujours conservés en Andorre, où les femmes lavaient le linge les samedis avec de la cendre. Celle-ci n’était jamais jetée, puisqu’elle permettait de fertiliser les champs et servait à préparer la lessive. Les savons utilisés étaient préparés avec de l’huile, de la soude caustique et des graisses animales ou végétales. On laissait ensuite sécher le linge à l’extérieur, ce qui imprégnait le village d’une odeur propre très caractéristique.

PROMENADE DE LA RIVIÈRE

Nous quittons les Bons et poursuivons notre chemin à travers la promenade de la rivière. N’hésitez pas à vous arrêter et regarder en arrière pour profiter d’une bonne perspective du village de les Bons.

CA DE MAS

Nous trouvons à les Bons une autre des maisons les plus importantes des XVIe-XVIIIe siècles en Andorre, qui conserve des restes de sa peinture d’origine sur la façade principale. C’était une maison forte et rivalisait avec Ca de Pont. Ses anciens habitants étaient traités comme des prohoms (anciennement, maisons fortes pouvant participer à la politique andorrane) et occupaient souvent des postes importants au sein des administrations locales et générales. Selon un inventaire de l’an 1633, la maison disposait de couverts en argent et d’une vaisselle d’écuelles en cuivre, ainsi que de livres et de parchemins anciens. Au début du XVIIIe siècle on enterra le chef de famille de Ca de Mas. Il reçut les honneurs funéraires avec la présence de 33 curés, « tous les prêtres des Vallées », un nombre unique et exagéré. Ceci nous donne une idée du pouvoir de cette maison, étant donné qu’en plus de devoir payer les messes, elle devait se charger de maintenir les curés et leurs animaux pendant des jours.

HOTEL OROS

Notre parcours s’achève avec l’Hôtel Oros, hôtel pionnier en Andorre, l’un des premiers de haut niveau (bien avant l’Hôtel Rosaleda). Le bâtiment actuel est le deuxième, étant donné que l’inondation de 1937 emporta le premier bâtiment, datant des années 1910. Son promoteur, Josep Mas de Casa Oros, fut le premier enseignant laïque de l’École Française d’Encamp et un homme inquiet, en avance sur son temps. On conserve la correspondance entre monsieur Mas et plusieurs personnalités, comme Woodrow Wilson, président des États-Unis d’Amérique entre 1912 et 1920.

CAL TOLES

Nous remarquerons au passage cette maison de maître magnifiquement restaurée.

PIGEONNIERS DE ROSSELL ET DE COTXA

Les pigeonniers en forme de tour devinrent un modèle de construction caractéristique dans l’architecture traditionnelle entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Ils étaient destinés à l’élevage de pigeons domestiques, et on pouvait en trouver à côté de la maison comme au centre d’un pré à proximité. L’élevage de pigeons avait deux buts : d’un côté, la consommation de ces oiseaux comme un élément du régime alimentaire, et de l’autre, l’utilisation de leurs excréments, la colombine, en tant que fumier naturel.

 

Toutes les maisons ne disposaient pas de pigeonnier. Certains d’entre eux étaient intégrés au logement ou au fenil, avec des trous ouverts dans la façade, et les maisons disposant d’un pigeonnier en forme de tour étaient rares, puisqu’il s’agissait d’un élément de prestige : ils appartenaient presque tous aux maisons les plus fortes.

 

Le pigeonnier est orienté vers le soleil et a deux petits toits, entre lesquels il y avait une dalle avec des trous suffisamment grands comme pour y laisser passer les pigeons et non les rapaces. Nous voyons aussi plusieurs dalles sur les quatre murs, dont le but était d’éviter que les animaux rampants ou les rats puissent y accéder pour manger les pigeons, qui faisaient leur nid dans les trous creusés à l’intérieur des murs.

Le pigeonnier de Cotxa est déclaré un bien d’intérêt culturel.

FONTAINE DE LES BONS

Nous revenons vers le village de les Bons, et nous nous y arrêterons pour nous rafraichir auprès de la fontaine qui profite du torrent de les Bons. Il s’agissait en fait d’un ancien abreuvoir auprès duquel le bétail s’arrêtait au moment de descendre après de longues journées de travail sur les terrasses et les prés adjacents.

BANY DE LA REINA MORA

Juste à côté de la Torre dels Moros et du pigeonnier de Rossell, un réservoir d’eau a été creusé sur la roche. Alimenté par le torrent de les Bons, qui passe à côté, c’était l’ancien réservoir d’eau de l’enceinte fortifiée. On y recueillait l’eau de la pluie et du torrent, distribuée par la suite dans toute l’enceinte moyennant un canal creusé dans la roche (toujours observable de nos jours). Selon la légende, la reine maure sortait les nuits de pleine lune pour y prendre un bain, et les hommes de les Bons y montaient en cachette pour la voir. Sa beauté était tellement captivante que les hommes qui l’avaient vue en tombaient profondément amoureux et restaient ensorcelés et fascinés le reste de leur vie.

TORRE DELS MOROS

Une ancienne tour militaire, ayant pu faire partie d’une enceinte fortifiée se dresse, imposante, face à l’église. On ignore la date exacte de sa construction, mais elle pourrait dater de la fin du XVIe siècle, coïncidant ainsi avec les incursions des huguenots en Andorre. Anciennement, lorsque quelque chose était très ancienne et qu’on en ignorait l’origine, on disait qu’elle datait « du temps des maures », d’où son nom (la Tour des Maures). Les origines romanes de Sant Romà pourraient nous induire en erreur et nous faire penser que la tour est romane aussi, mais les paréages signés en 1278 et 1288 interdisaient de construire des châteaux et ordonnaient de démolir les châteaux existants.

Il s’agissait d’une tour habitée ; nous y remarquons un évier pour faire la vaisselle avec une ouverture extérieure, les meurtrières de défense, servant à lancer des projectiles et, en haut, sous la toiture (disparue de nos jours), les mâchicoulis servant à défendre la tour en cas d’attaque. La couleur rougeâtre des murs intérieurs est le fruit d’un incendie. On peut monter jusqu’en haut et profiter d’une vue magnifique sur le village, la vallée et le camí ral qui monte jusqu’en France.

SANT ROMÀ DE LES BONS

Après cette montée difficile, nous arrivons au sommet de la colline. L’église de Sant Romà de les Bons, romane lombarde et consacrée le 23 janvier 1164 selon le procès-verbal de consécration trouvé à l’intérieur de l’autel, nous y attend. À plan rectangulaire et abside semicirculaire, elle conserve un clocher-mur à deux ouvertures qui occupe toute la largeur du mur ouest. La porte d’entrée, placée sur ce même mur et décorée avec une frise en dents de scie, est couverte par un porche plus moderne, d’où l’on peut profiter d’une magnifique vue panoramique sur la vallée. L’extérieur de l’abside est décoré avec des arcs et des bandes lombardes.

Nous voyons à l’intérieur l’autel d’origine, avec les restes des peintures murales originales qui le couvraient. Celles que l’on peut admirer sur l’abside sont une reproduction des peintures romanes, conservées de nos jours au Musée National d’Art de la Catalogne. On conserve des peintures murales gothiques dans la partie supérieure du plafond de l’abside, ainsi que sur les murs et la voûte en berceau de la nef. Parmi les éléments à remarquer il y a un retable gothique du XVIe siècle et des fonts baptismaux en granit du XIIe siècle.

CAL COTXA

Le village de les Bons mérite bien une promenade. Cal Cotxa est une des maisons de maître les plus représentatives des maisons typiques du XVIIIe siècle andorran, ainsi que des anciennes maisons de maître. Elle compte trois étages et un grenier, elle est orientée vers le soleil et creusée dans la roche. Elle est construite avec du granit et de l’ardoise, et sa toiture est à deux versants. On remarque le balcon de l’étage supérieur, utilisé par ses habitants pour profiter du soleil et de la chaleur, tout comme pour faire sécher le linge et les fruits. Les rambardes en fer étaient des symboles de richesse.

PONT DE LES BONS

Nous continuons de monter jusqu’à les Bons en traversant le pont actuel, datant de 1948. Nous pouvons voir une reproduction du pont d’origine dans le parc du Prat Gran.

 

Sur les panneaux indicateurs du rocher il y a une rangée de pierres, comme un mur : ce sont les restes de Ca de Pont. Ca de Pont était une maison très aisée, et ses propriétaires en étaient tellement fiers que, lorsque quelqu’un leur demandait quelque chose, ils répondaient toujours : « La Valira [la rivière est féminine en Andorre] sera à sec avant que Ca de Pont manque de fromages ».

ORATOIRE DE LES BONS

L’oratoire de les Bons, dédié à la Vierge, fut construit vers la fin du XIXe siècle. Il s’agit d’une construction humble avec une voûte en berceau de style populaire. Les pèlerins s’y arrêtaient et priaient la Vierge ; de plus, c’est le premier endroit d’où l’on devine le Sanctuaire de Meritxell. Ils y priaient et s’y reposaient, puisque c’est là que commence la partie la plus difficile du chemin. Nous trouvons à l’intérieur une majolique de la Vierge datant de 1999 et réalisée par l’artiste local Ramon Argilés.

 

La légende dit qu’au milieu du XIXe siècle, trois paysans d’Encamp travaillaient un jour d’été dans les champs après avoir mangé. Tout à coup, il tomba une averse. Les paysans coururent se réfugier et ils étaient tellement effrayés qu’ils promirent à la Vierge de lui construire un oratoire si elle les sauvait.

DÉBUT DU CHEMIN DE L’ORATOIRE ET CAMÍ RAL

Nous prendrons le camí ral pour monter jusqu’à les Bons. Bien qu’il n’y ait jamais eu de monarchie en Andorre, quelques chemins portaient le nom de camí ral (chemin royal) puisqu’il s’agissait des principales voies de communication du pays, ils parcouraient les vallées d’un bout à l’autre et les reliaient. Dans son Manual Digest, le recueil de lois et de coutumes de 1748, Antoni Fiter i Rossell recommande dans sa maxime 46 de « Veiller à ce que les Chemins royaux soient propres avec la meilleure disposition ».

 

 

Le chemin de l’Oratoire de les Bons est l’un des plus anciens de l’Andorre: c’était le chemin principal menant vers Canillo et la France, la voie naturelle d’accès vers la vallée d’Orient, suivant la vallée. La voie est faite en pierres granitiques polies et usées au fil du temps. C’est par ces voies que montaient et descendaient les personnes, les messages et les marchandises. À côté, nous voyons des champs et des prés, anciennement de moisson. En arrivant à l’oratoire, à droite, il y a un pré avec plusieurs promontoires, connu comme l’hortal (potager) de Queralt, dont l’exploitation annuelle était obtenue moyennant une enchère. L’argent obtenu était destiné à des causes pieuses ; il pouvait également servir de dot et d’aide financière aux jeunes filles en âge de se marier, issues de maisons pauvres. Le presbytère se chargeait de la gestion.

COMÚ D’ENCAMP

Nous nous trouvons face au siège du Comú d’Encamp, un bâtiment contemporain de 1987. Conçu par Roberto Suso Vergara avec la collaboration de Joan García-Borés et de Jaume Viaplana, ce fut l’un des premiers immeubles en Andorre construits moyennant la technique du mur-rideau. Haut de sept étages, sur sa façade (un miroir géant qui reflète tous les mouvements et joue avec la lumière des jours et des saisons) sont représentées les trois couleurs du drapeau andorran, ainsi que la couleur violette de la paroisse. L’immeuble est géométrique dans le sens le plus strict du terme : son plan est triangulaire et sa façade est presque carrée. Ce fut un bâtiment révolutionnaire pour son époque. La place aménagée en face du bâtiment permet de le compléter et de l’associer aux évènement qui y ont lieu.

HÔTEL ROSALEDA

L’Hôtel Rosaleda, bâtiment déclaré un bien d’intérêt culturel et, de nos jours, le siège du ministère chargé de la culture, se dresse avec fierté face au Comú d’Encamp. L’immeuble est l’œuvre de l’architecte catalan Adolf Florensa, membre remarquable du mouvement Noucentiste. Construit entre 1941 et 1943, il est l’un des bâtiments les plus emblématiques de l’architecture du granit et fait partie des exemples conçus en Andorre par des architectes prestigieux au milieu du XXe siècle, qui y inclurent des éléments de courants expressifs étrangers et cosmopolites. L’hôtel comptait 60 chambres au début, dont la plupart disposaient de salle de bain propre (une véritable avancée à l’époque). Ce fut le premier hôtel en Andorre avec une piscine et une salle de fêtes. À l’intérieur, on trouvait notamment la salle de lecture aux fauteuils en cuir, les salles communes peintes avec des motifs allégoriques montagnards, hawaïens, tyroliens, espagnols et catalans, et aménagées de façon luxueuse, ainsi que l’escalier principal et un des premiers ascenseurs électriques du pays. Le personnel de l’hôtel était sélect, embauché au sein des meilleurs établissements de Barcelone, même s’il y avait également des gens du pays, chargés d’autres tâches. C’était un hôtel prestigieux qui ne fermait jamais (évidemment, orienté aux personnes au pouvoir d’achat élevé qui venaient passer leurs vacances pendant une semaine ou quinze jours) et dont l’excellence était soulignée par plusieurs guides internationaux de voyages, ainsi que par les voyageurs eux-mêmes. Plusieurs personnages illustres, riches et célèbres y ont dormi, ainsi quelques descendants de maisons royales européennes, et l’on dit même qu’Aga Khan III y est resté quelques jours.

TUNNEL DE CAL TONA

Nous poursuivons notre chemin et passons sous Cal Tona. Malgré le terrain réduit dont il dispose, il est plutôt bien aménagé. Le tunnel est en fait une pièce à l’étage supérieur, et en dessous passe la rue où avaient lieu, sous un bon abri, les marchés et les réunions du village.

La visite est libre, puisqu’il s’agit d’une promenade.

 

L’église de Sant Romà de les Bons est ouverte pendant l’été.

 

L2 Encamp / L4 Le Pas de la Case